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La déification

November 9, 2018

    

 

    Réponse intégrale aux transhumanistes

 

    

 

     Il est superflu de rappeler les prétentions du transhumanisme. Il imprègne si bien l’air du temps que personne n’ose affirmer que certaines applications de l’intelligence artificielle infligent à nos contemporains, dont la dignité humaine est réduite à l’efficacité au travail, une blessure narcissique sans précédent dans l’histoire. Il est, en revanche, urgent de répondre à la question légitime qui taraude ses affidés : comment devenir dieu ?

     Face à l’homme augmenté, je vous propose d’imiter «la sage abeille et de survoler (d’abord) la prairie des paroles inspirées», en particulier la Genèse, pour découvrir la déification. Nous contemplerons ensuite la métamorphose du corps psychique en corps pneumatique. Et, enfin, nous dévoilerons un art nouveau, la psychoplastie.

 

 

 

L’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu

 

 

La vision orthodoxe de la déification

 

     Selon l’enseignement des Pères du désert auquel les chrétiens d’Orient sont fidèles, non seulement l’homme demeure créé à l’image de Dieu, malgré la chute, mais ce n’est pas le péché originel qui est à l’origine de l’Incarnation du Verbe, c’est le dessein de Dieu, dés avant la fondation du monde. Paul Evdokimov, dans L’orthodoxie, évoque l’enthousiasme de Saint Isaac le Syrien (VIIe) : l’amour du Philanthrope «atteint la si bouleversante ampleur de l’incarnation qui aurait eu lieu même sans la chute.» Nuance capitale qui permet aux orthodoxes de contempler la gloire de l’homme, créé à l’image de Dieu !

     «Dieu a créé le monde pour y devenir homme et pour que l’homme y devienne dieu, par la grâce, et participe aux conditions de l’existence divine... Dans son conseil, Dieu décide de s’unir à l’être humain pour le déifier» pense Saint Athanase. C’est dans une liberté intérieure bien plus intime que le libre arbitre que l’homme embrasse cette vérité.

     «La sagesse de Dieu, dans ses vertigineuses imaginations, dans les délices du «jeu divin» (Prov.8.31) avec les enfants de l’homme, ne peut imaginer que les êtres de sa «race», des dieux : «Dieu ne s’unit qu’à des dieux», dit saint Siméon. Ceux-ci reçoivent tout de Dieu, et même davantage ; dans la réalité de leurs personnes, ils ont reçu en don quelque chose à eux, quelque chose qui ne vient que du libre mouvement de leur cœur ; cette liberté qui seule habille l’homme du vêtement du banquet, des épousailles divines. Saint Grégoire de Naziance, au comble de l’étonnement, s’écrie : «L’homme est un jeu de Dieu». Ce jeu éclate dans l’imago dei dont la liberté est le premier caractère.

 

 

L’homme modelé à l’image de Dieu

 

     Saint Grégoire de Nysse distingue , dans son commentaire de la Genèse, le «modelage primitif» qui concerne «l’homme universel», Adam, de la création selon le sexe et compare notre créateur à un peintre: «imaginez de même celui qui nous façonne : les couleurs en rapport avec sa beauté sont ici les vertus qu’il dépose et fait fleurir en son image pour manifester en nous le pouvoir qui est le sien.» Saint Grégoire poursuit : «en vous-même, vous voyez la Raison et la Pensée, imitation de Celui qui est en vérité Esprit et Verbe. Dieu est encore Amour et source d’amour. Jean le Sublime dit que : «L’amour vient de Dieu» et «Dieu est amour». Le modeleur de notre nature a mis aussi en nous ce caractère... Enfin la Divinité voit tout, entend tout, scrute tout. Vous aussi, par la vue et l’ouïe, vous percevez les choses et par la pensée, vous pouvez examiner et scruter l’univers». Quelle merveille !

     Comme Paul Evdokimov, j’insiste sur cette vérité sublime, «la totalité de l’être humain est créée, sculptée à l’image», ce qui lui confère un élan incomparable vers son «modeleur» (Grégoire de Nysse) ou «son Archétype divin» (Origène).

 

 

Jésus-Christ-Archétype

 

     Dans Le sacrement de l’Amour, Paul Evdokimov précise : «l’homme est modelé selon son Archétype divin. La vie en Christ dés ici-bas opère le passage de l’être naturel à l’être christique». En raison du péché originel, «le Christ-Archétype remodèle l’homme, telle une statue, à son image» par le don de son Esprit. L’homme est invité à changer en s’adaptant à l’ordre de l’Esprit.

 

 

Le pneuma, l’esprit, « le souffle divin »

 

     Cette adaptation est possible : «l’inhabitation de l’Esprit de Dieu présuppose ce qui le reçoit dans l’être humain, et par suite, ce qui lui est conforme» - l’esprit humain, pneuma : «L’Esprit rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu» (Rom.8. 16).

     Pour étayer la possibilité de l’adaptation de l’esprit humain à l’Esprit divin, Saint Pierre affirme la notion de participation : « afin que vous deveniez participants de la nature de Dieu » ( Pi.1. 4). Saint Grégoire de Nysse explique encore : « L’homme destiné à la jouissance des biens divins a dû recevoir dans sa nature même une parenté avec ce à quoi il devait participer. »

     Si l’esprit, pneuma, marque l’homme de son origine divine, il l’adapte également aux énergies divines.

L’homme modelé à l’image de Dieu se découvre dans son Archétype, le Christ, et reçoit de l’Esprit une force incomparable puisqu’elle le transmue.

     Voyons maintenant comment s’opère la déification de l’homme.

 

 

 

La métamorphose du corps psychique en corps pneumatique

 

 

Les habits de peau

 

     Au XIIIe siècle, en occident, la métamorphose du corps psychique en corps spirituel en laquelle consiste la déification de l’homme est figurée par la métaphore de l’habit dont on lit la première fulgurance dans le récit de la Genèse : «Yahvé Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en vêtit.» Ces tuniques de peau représentent ce qui est biologique ou animal c’est à dire ce qui est étranger à la nature de l’homme créé à l’image de Dieu. En revanche, «les tuniques blanches reçues le jour du

baptême marquent le retour aux corps spirituels» commente Paul Evdokimov. L’image de la tunique montre qu’aucune rupture ontologique n’intervient entre le projet initial de Dieu et son accomplissement. C’est ainsi qu’il faut également entendre l’ordre de Saint Paul.

 

 

«Revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ !»

 

     Par ce verbe métaphorique, Saint Paul intime à ses lecteurs l’ordre d’agir, de ressembler à l’Archétype par leurs vertus. «Le Christ rend à l’homme la puissance d’agir ; l’illumination divine rétablit la ressemblance, ce qui libère immédiatement l’image, et son rayonnement devient perceptible chez les saints et les enfants.» argumente Paul Evdokimov. Rayonner, c’est agir conformément au germe de l’image.

     Écoutons de nouveau Saint Paul !

 

 

«Que le Christ habite en vos cœurs par la foi !»

 

     Le verbe habiter vient , de même que le nom habit, du latin habere, avoir. Nous découvrirons bientôt l’intérêt de cette étymologie. En attendant, notons que la nouvelle injonction de Saint Paul s’inscrit dans la conception biblique du cœur : «Pour les juifs, on pense avec le cœur, car il intègre toutes les facultés de l’esprit humain.» Paul Evdokimov précise : «Saint Séraphin appelle le cœur , «autel de Dieu», lieu de sa présence et organe de sa réceptivité.»

     En habitant le cœur de l’homme, le Christ tisse un nouvel habit à son âme, autre façon de dire que le Christ transforme le corps psychique en corps pneumatique. La métaphore de l’habit nous conduit à quitter, un moment, l’orthodoxie pour recevoir le souffle divin de Saint Thomas.

 

 

La notion d’habit chez Saint Thomas

 

     Qu’est-ce que l’habit ? «C’est l’ajustement intermédiaire entre celui qui a un vêtement et le vêtement qu’il a.» La métaphore de l’habit a un aspect très contemporain !

La nature humaine est dynamique. De même qu’à chaque sport correspond un sous-vêtement technique parfaitement adapté, de même à chaque mouvement de la psyché, correspond un habit.

     Pour communiquer, l’homme a le pouvoir de vouloir, de connaître, de se souvenir, d’imaginer, d’attaquer ou de tempérer. Toutes ces forces sont disposes par l’intermédiaire de qualités distinctes, les habits.

     L’homme entre donc en pleine possession de toutes ses puissances, la volonté, l’intelligence, la mémoire, l’imagination, les passions, par les habits qui les déterminent à l’action, de façon stable. L’homme qui jouit ainsi de l’empire de lui-même agit rapidement et communique aisément. Il rayonne.

     Quoi qu’en dise Paul Evdokimov, Saint Thomas n’a pas figé dans les habits le dynamisme de l’âme humaine créée à l’image et à la ressemblance de Dieu, il a su, au contraire, figuré le mouvement croissant de sa ressemblance à l’Archétype dans le rayonnement de toutes ses puissances.

     Dans la vision orthodoxe de la gloire, la distinction entre les habits naturels et les dons de l’Esprit, qui sont des habits surnaturels et infus, est superfétatoire. Elle n’ajoute rien à la déification de l’homme puisque l’imago dei est une grâce inhérente à la nature. Cette distinction trouve sa pertinence en regard de la plasticité cérébrale sur laquelle oublient de parier les transhumanistes, à rebours du premier psychoplasticien !

 

 

 

La psychoplastie, l’art de l’homme nouveau

 

 

Un néologisme prophétique

 

     Sa conversion au catholicisme a ouvert au fils d’Alphonse Daudet une voie royale : la première critique de la psychanalyse, dés la parution des essais de Freud, mais surtout la conception d’un nouvel adjectif, psychoplastique, qui, selon l’étymologie, signifie susceptible de modeler la psyché, pour qualifier l'entraînement qu'il préconise. Cette méthode psychoplastique suppose la découverte ultérieure de la plasticité cérébrale, dans son application.

 

 

La plasticité cérébrale

 

     Le cerveau adulte est un organe plastique puisqu’il peut tisser ou défaire des réseaux de neurones, en réponse à de nouvelles sollicitations, comme l’a admis l’Institut Pasteur, en 2003. Selon Pierre-Marie Lledo, la production de nouveaux neurones ou neurogenèse modifie le tissu cérébral en fonction de différents facteurs qui induisent autant de moyens psychoplastiques. Ces règles paraissent concorder, d’une façon surprenante, avec la déification progressive de l’homme.

 

 

La concordance des règles psychoplastiques et de la déification

 

     S’émerveiller favorise la plasticité cérébrale. Cet élan du cœur, caractéristique des premiers chrétiens, d’après Les actes des apôtres, est très perceptible sous le stylet de Saint Grégoire de Nysse, dans La création de l’homme : «Dieu fait paraître l’homme en ce monde, pour être des merveilles de l’univers et le contemplateur et le maître : il veut que leur jouissance lui donne l’intelligence de celui qui les lui fournit, tandis que la grandiose beauté de ce qu’il voit le met sur les traces de la puissance ineffable et inexprimable du Créateur.» L’émerveillement du baptisé qui renouvelle celui d’Adam illumine l’homme nouveau, d’après Paul Evdokimov : «Émerveillé de l’existence de Dieu, l’homme nouveau est aussi un peu fou de la folie dont parle Saint Paul et c’est l’humour si frappant des « fous pour le Christ », seul capable de briser le sérieux pesant des doctrinaires.»

     Cette qualité stable, (cet habit), l’enthousiasme, se tisserait concomitamment sur le plan psychique et cérébral et régirait la neurogenèse comme la neuroplasticité.

 

     Rencontrer l’autre active certaines parties du cerveau et, par conséquent, le modèle. Le cerveau serait «une chambre d’écho de l’autre», selon la belle expression de Pierre-Marie Lledo qui reprend, de fait, l’image de Saint Grégoire de Nysse : « le cœur est véritablement une chambre, qui devient (...) capable de l’inhabitation de Dieu en lui, dés lors qu’il est revenu à l’état dans lequel il était au commencement... » Il conviendrait, sans doute, de réorienter les recherches scientifiques en fonction de l’anthropologie biblique et d’éviter d’attribuer au cerveau ce qui est l’apanage du cœur, comme l’enseigne la « connaissance par inhabitation du Verbe », puisque la rencontre qui se joue dans le cœur modèle forcément le cerveau par voie sanguine. La théologie qui est «dans son aspiration ultime : voie expérimentale de l’union avec Dieu» aurait ainsi le pouvoir de renouveler le tissu cérébral ! Saint Maxime évoque la «sensation supérieure» et dit : «J’appelle l’expérience le savoir même en acte qui advient au-delà de tout concept... participation à l’objet qui se révèle au-delà de toute pensée» ; c’est une pareille participation réalisée au moyen de la contemplation que Saint Grégoire appelle θεολογια

     Le «cœur-esprit», réceptacle actif de la présence du tout Autre, inaugure un mode de connaissance indissociable de l’amour dont l’unité vivante éveillerait la neurogenèse et transformerait l’homme dans sa personne même.

 

     Si la multiplicité des informations est anxiogène et nuit à la plasticité cérébrale, chercher le dessein de Dieu dont rien n’arrête la germination la favorise fort probablement. A l’opposé des informations qui hachent le temps, dans la Bible, le terme hébraïque tsemach, germe, incite le lecteur à chercher la fécondité inaltérable du temps. Les «Pères soulignent fortement que le Christ re-prend ce qui était dévié et interrompu par la chute. Le Royaume est l’épanouissement du germe paradisiaque arrêté dans sa croissance par la pathologie de la chute que le Christ vient guérir. » L’image du germe s’applique d’ailleurs au Christ lui-même. «Le Messie est appelé tsemach et la notion même de messiah ressort du plérôme : la création exige l’incarnation, et celle-ci s’accomplit dans la parousie du Royaume. Le monde est créé avec le temps, ce qui veut dire qu’il est «inachevé», «en germe» , afin de faire progresser et de conduire le synergisme de l’agir divin et de l’agir humain jusqu’au Jour du Seigneur, où le germe parvient à la maturation finale.»

     Coopérer au dessein de Dieu provoquerait la germination des cellules-souches et révèlerait ainsi dans le tissu cérébral la force initiale de l’imago dei : «L’image, fondement objectif, de par sa structure dynamique, appelle la ressemblance subjective, personnelle. Le germe - «avoir été créé à l’image» - conduit vers l’éclosion : « exister à l’image.»

 

     Regardons, une dernière fois, à quelle profondeur biologique atteint la déification ! Bien manger est une règle psychoplastique élémentaire : de la qualité de la nourriture dépend la prolifération des neurones. La métamorphose du corps psychique en corps pneumatique en dépend également. « Saint Cyrille de Jérusalem met un accent très fort sur le fait que les participants au Repas, «ferment et pain d’immortalité» deviennent «cocharnels», consanguins au Christ. La prière de saint Siméon Métaphraste, lue après la divine communion, le souligne : «Toi qui m’as donné volontairement ta chair en nourriture, Toi qui es un feu qui consume les indignes, ne me brûle pas, ô mon Créateur, mais plutôt glisse-toi dans mes membres, dans toutes mes articulations, dans mes reins et dans mon cœur. Consume les épines de tous mes péchés, purifie mon âme, sanctifie mon cœur, fortifie mes jarrets et mes os, illumine mes cinq sens et établis-moi tout entier dans ton amour». L’homme est «christifié», «le limon reçoit la dignité royale... se transforme en substance du roi».

     C’est le réalisme de la foi qui dévoile le sens ultime des découvertes scientifiques ! La déification ! S’émerveiller, rencontrer Dieu, coopérer à son dessein, communier à son Corps et à son Sang glorifie l’homme dans sa chair, poussant de nouveaux neurones qui assurent son aisance et sa victoire.

 

 

L’achèvement de la déification : l’homme nouveau

 

Je terminerai par «cette parole magnifique d’Evagre qui décrit l’homme nouveau.»

«Il est séparé de tout, et uni à tout ;

Impassible, et d’une sensibilité souveraine ;

Déifié, et il s’estime la balayure du monde.

Par-dessus tout, il est heureux,

Divinement heureux ...»

 

 

     L’anthropologie de la déification trouve une pertinence nouvelle dans la découverte de la plasticité cérébrale, si l’on emprunte le double passage par l’éthique de Saint Thomas, la notion d’habit, et par la psychoplastie qui affranchit les neurosciences de l’automatisme mécanique et informatique. On opère ainsi la synthèse des métaphores du modelage et du tissage, on explore toutes les virtualités de l’habit et du vêtement, pneumatiques, psychiques, cérébrales. Se trouve éclairée la mystérieuse transmutation de l’être à l’avoir et de l’avoir à l’être, dans l’action vitale.

     «De même que dans la fabrication des étoffes, c’est par de nombreux fils, les uns tendus verticalement, les autres disposés horizontalement, que le tissage réalise un vêtement, ainsi, pour la vie vertueuse, c’est par le concours de nombreux éléments que se fait aussi nécessairement le tissage. Ce sont ces fils qu’énumère l’apôtre lorsqu’il décrit ce qui concourt au tissage des œuvres pures et parle de «charité, joie, paix, longanimité, bonté», et des autres vertus qui font l’ornement de celui qui s’est dépouillé de la vie corruptible et terrestre pour revêtir l’incorruptibilité céleste.»

     J’ai répondu à la question, on ne peut plus légitime, qui hante les transhumanistes : comment devenir dieu ?

     La réponse que j’apporte est intégrale puisque la déification est ontologique.

     En Marie, éclate «la gloire de la première créature déifiée.»

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